Humour, respect de l’autre, échange et commerce : L’Esprit de Mopti

L’ORTM, depuis une vingtaine d’années, diffuse régulièrement ce film documentaire : l’Esprit de Mopti, fait d’humour, de respect de l’autre, d’échange et de commerce. À travers cinq personnages, un Dogon, un Bozo, un Peul, un Tamasheq et un fils de la ville, ce documentaire sur ‘’l’économie de l’échange’’, conçu par un auteur français et réalisé par un cinéaste malien, résulte lui-même de cet esprit de partage et d’attention à l’autre. C’est ce bel esprit semble de plus en plus misà rude épreuve et le film reste plus que jamais d’actualité.

Pour qui a pu savourer les heures matinales au bord du fleuve où les grandes pirogues colorées entassent marchandises et passagers, Mopti reste une expérience inoubliable. Mais il faudrait des mois pour dépasser l’impression touristique et comprendre ce qui se trame dans cette ville grouillante aux heures du marché. C’est le projet de ce film superbe : déceler ce qui fait de cette « ville des montagnes d’épices et des poissons parfumés » un lieu exceptionnel où règne un esprit particulier.
Cet esprit, d’autres lieux l’ont sans doute, quand ils sont de tels carrefours de commerce, de cultures et d’activités. Il résulte de la circulation des biens et de la rencontre des personnes. Mais à Mopti, il s’y révèle particulièrement bien, car les peuples qui s’y confrontent avec humour et subtilité sont porteurs de cultures immenses : Dogon venus des falaises de Bandiagara, pêcheurs bozo, bergers toucouleur et peul, agriculteurs bambara et songhaï, Tamasheq, (Touareg) du désert. Il s’agissait de rendre compte de cette diversité mais aussi de la richesse de la confrontation. Les conflits sont nombreux mais aussi les transferts de connaissances. Un berger demanderaau Tamasheq comment aborder le désert pour la transhumance.…
Le souci de Moussa Ouane et de Pascal Letellier était de situer chacun des cinq personnages représentatifs qu’ils ont élu dans l’ancestralité de sa culture. Ils font ainsi appel à la généalogie, au conte, aux proverbes. Le documentaire est très construit, fictionnel, suivant les rencontres des uns et des autres dans les lieux d’activité de la ville. L’esprit de Mopti est dans le respect du métier de chacun, c’est-à-dire de son intégrité. Le vendeur de vache demande quel prix en exige le berger mais celui-ci lui répond en une boutade que c’est son métier et qu’il lui fait confiance.
Image sans doute un peu idyllique quand on sait les conflits qui opposent éleveurs et cultivateurs dans ces régions, mais image non-touristique d’une ville car elle se situe au niveau de la relation, de cette conciliation qui permet de vivre ensemble. Un regard cinéma en somme.
ENCADRE
Au cœur du Mali, à la rencontre du désert et des savanes !

A la rencontre du désert et des savanes, à l’est du Mali, Mopti est une grande ville musulmane et un carrefour commercial sur le fleuve Niger. Chaque jeudi, des commerçants représentant diverses ethnies s’y donnent rendez- vous pour le marché. A Mopti, on parle toutes les langues du Mali et on pratique encore le troc selon une tradition ancienne. C’est cet « esprit de mopti », fait de tolérance, d’humour, de respect de l’autre, d’échange et de commerce que ce film décrit à travers 5 personnages représentatifs : un Dogon, un Bozo, un berger Peul, un éleveur Tamasheq et un intermédiaire, Bella, fils de la ville et charretier.
Au cœur du Mali, à la rencontre du désert et des savanes, à la confluence du Niger et du Bani, se trouve Mopti, ville des harpons géants, des rizières tendres, des poissons parfumés et des montagnes d’épices. Chaque jeudi, le grand marché attire de nombreux marchands : Bozos, Peulhs, Dogons, Bambaras, Bellas…, pêcheurs, éleveurs, cultivateurs, commerçants, livreurs…
On y parle alors de nombreuses langues, on y troque, on y vend et on y achète marchandises et services. Komassa le Bozo, Diallo le Peul, Karembé le Dongo et Maïga le Bella s’y croisent, s’y saluent, s’y taquinent pour enfin toujours commercer. Car, c’est au bord du Niger, père nourricier du Mali, que les hommes et les femmes ont semé et cultivé l’esprit de Mopti. Celui qui est sourd à l’orage sera battu par la pluie.
C’est à Mopti que des cars arrivant du nord descendent des femmes voilées recluses à l’arrière des véhicules. C’est toujours à Mopti que les exilés du nord rêvent la défense de leur pays, leur ville, leur village. Et se fourvoient dans des milices dites d’autodéfense, prêtes à partir à la reconquête des territoires abandonnés par une armée malienne qui a déguerpi.
L’esprit de Mopti a pour le moment disparu. Mais les pirogues franchiront toujours le fleuve, chargées jusqu’au liston d’hommes, de femmes et d’enfants, et les pinasses seront longtemps gorgées de marchandises.

Source: Le Challenger

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